19.09.2026 à 09:41
Les mots qui voyagent : du rromani aux pratiques langagières françaises
19.09.2026 à 09:41
Les mots qui voyagent : du rromani aux pratiques langagières françaises
L’ESSENTIEL
Pour certains, le rromani évoque « la langue des Gitans » ; pour d’autres, elle évoque simplement la Roumanie.
Il s’agit en réalité d’une langue indo-aryenne, présente en Europe depuis plusieurs siècles, parlée sous de nombreuses variétés et reconnue parmi les langues de France.
Des mots issus du rromani ont intégré au fil du temps et jusqu’à nos jours la langue française, et notamment ses pratiques non standard.
Pendant longtemps, l’origine des Rroms a alimenté les spéculations. On a pu les croire, par exemple, venus d’Égypte (une confusion qui explique les termes Gypsies en anglais, Gitanos en espagnol, « Gitan » en français). Ce n’est qu’au XIXᵉ siècle que les comparaisons linguistiques permettent d’établir avec davantage de certitude que le rromani appartient à la famille indo-aryenne.
Le rromani est en effet apparenté aux langues du nord de l’Inde, comme l’hindi ou le népalais. Les ressemblances avec ces langues témoignent d’une origine commune avant son long voyage. Au fil des déplacements des groupes rroms vers l’ouest, la langue s’est enrichie de nombreux emprunts au persan, à l’arménien, au grec, aux langues slaves, ou encore au hongrois. Chaque étape du parcours a ainsi laissé une empreinte dans le lexique.
À bien des égards, on pourrait dire que le rromani est une langue européenne autant qu’asiatique : ses origines sont liées au sous-continent indien, mais son histoire linguistique s’est construite au cours de siècles de contacts sur le continent européen.
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Comme toutes les langues parlées sur un vaste territoire pendant plusieurs siècles, il s’est diversifié. À cette diversité s’ajoutent les parlers dont l’évolution a été fortement influencée par les langues des régions où ils se sont installés. Il convient donc d’éviter toute représentation homogénéisante.
Les termes Rroms, Sintés, Manouches, Kalés, Gitans ou « Voyageurs » ne désignent en aucun cas des groupes linguistiquement ou historiquement équivalents. Les pratiques langagières observables en France sont elles-mêmes extrêmement diverses : certains locuteurs utilisent le rromani, d’autres mobilisent des variétés para-rromani, tandis que certains ne conservent que quelques mots dans un répertoire majoritairement francophone. De la même manière, les Gens du voyage ne constituent pas une communauté linguistique homogène. Il s’agit notamment d’une catégorie administrative qui rassemble des populations d’origines diverses. Tous les Rroms ne sont pas itinérants et tous les Gens du voyage ne sont pas rroms.
Les premières présences documentées de groupes rroms en France remontent au début du XVᵉ siècle. Comme dans le reste de l’Europe occidentale, leur arrivée suscite d’abord la curiosité. Cet accueil est cependant de courte durée. À partir de la fin du XVᵉ siècle, le regard porté sur ces populations change : les autorités multiplient les mesures destinées à limiter leur circulation. Les expulsions se succèdent, les représentations négatives s’installent. La mobilité devient progressivement associée au vagabondage, puis à la délinquance.
Cet imaginaire social va persister. Dans la littérature comme dans les arts, la figure du « Bohémien » oscille entre fascination et suspicion : libre, mystérieux, musicien ou diseur de bonne aventure, il est également présenté comme un personnage inquiétant, étranger aux normes sociales. Cette ambivalence est importante pour comprendre la place du rromani dans certaines pratiques langagières contemporaines.
La marginalité attribuée aux populations rroms peut être construite à la fois sous un angle négatif, et être associée à la liberté, à l’indépendance, à l’insoumission ou à l’anobli refus des normes dominantes. Il ne s’agit évidemment pas de traits intrinsèques aux populations concernées, mais de représentations construites socialement qui peuvent néanmoins acquérir une efficacité symbolique dans les usages.
Lorsqu’un mot rromani est mobilisé dans un contexte argotique pour produire une impression de transgression ou de marginalité, c’est moins le système linguistique rromani qui est convoqué qu’une certaine représentation sociale de l’Autre… mais le phénomène est d’autant plus intéressant que les énonciateurs français de ces dits mots, qui ne sont pas forcément en contact direct avec des Rroms ou des Voyageurs, ne connaissent que très rarement cette origine linguistique. Les mots rromani seraient-ils donc si intégrés par le biais des parlers voyageurs et des arts et médias de manière générale qu’ils passeraient inaperçus ?
Les recherches relèvent depuis longtemps la présence de nombreux « mots tsiganes » dans les argots français, mais les estimations divergent très souvent. Nos recherches contemporaines en sociolexicologie nous conduisent à dépasser cette seule comptabilité : l’enjeu n’est pas seulement de savoir combien de mots français proviennent du rromani, mais de comprendre comment ils circulent, dans quels espaces sociaux ils sont réinvestis, et quelles fonctions ils acquièrent.
Outre les pratiques ordinaires et quotidiennes, les pratiques artistiques paraissent être un corpus intéressant pour étudier cela. Plus spécialement, le rap et la musique urbaine peuvent être facilement mobilisés, en raison du rôle important qu’ils détiennent dans la diffusion des pratiques lexicales non standard.
Des mots déjà présents dans certains usages peuvent être repris dans des textes où ils gagnent une visibilité nouvelle. Genre musical le plus écouté à ce jour, il est donc probable qu’il fait connaître, à des personnes aux profils différents en termes de générations et de milieux, des mots rromani. Le cas de pookie est intéressant pour illustrer ce propos, car sa trajectoire montre particulièrement bien comment une forme peut changer de configuration et peut-être de visibilité.
Pookie est une forme popularisée par la chanson du même nom d’Aya Nakamura, qui vient du terme poucave (signifiant « révéler un secret »), qui a subi une troncation et à laquelle on a ajouté la particule anglophone « -ie ».
L’une des caractéristiques les plus intéressantes de ces formes réside précisément dans leur intégration au fonctionnement des pratiques du français contemporain.
Cette transformation relève en partie d’un processus d’hybridation lexicale, dans lequel des éléments empruntés sont combinés avec les mécanismes morphologiques de la langue d’accueil, mais aussi plus globalement d’une grande adaptation.
Les locuteurs peuvent donc réinvestir les mots en fonction des ressources du français. Vàgo (voiture) peut donner gov après verlanisation et troncation. « Que tchi » (tchi : « rien ») peut devenir keutch, avec une combinaison de troncation, d’amalgame et alors de resegmentation, ou encore bibi, issu de bicrave, montre quant à lui comment une troncation peut être accompagnée d’un redoublement hypocoristique.
Le phénomène apparaît assez clairement avec les verbes. En effet, certaines formes verbales empruntées au rromani sont nominalisées : « la bicrave », « la courave », « la pillave »… Le locuteur ne mobilise alors plus seulement une forme étrangère ; il l’intègre à un système morphologique et syntaxique français. Et cette intégration peut également s’accompagner d’une flexion française : la forme « maravé » montre ainsi comment une base issue du rromani peut recevoir une désinence française de participe passé.
Mais le cas le plus révélateur est peut-être celui de la particule même : « -av ». Dans les formes rromani étudiées, « -av » correspond à la désinence verbale de première personne du singulier dans la langue d’origine. Soit criav : « Je mange. » Mais une fois la forme intégrée dans les pratiques françaises, ce « -av » perd sa valeur grammaticale initiale : « criave », dans le contexte français, ne signifie plus « je mange », et les formes conjuguées sont donc « je criave, il criave »…
Pour autant, on trouve aussi des formes françaises en « -av » sans que la formation entière soit directement issue du rromani : c’est le cas de « pourrave » (« pourri » + « -ave »).
Le français connaît d’autres phénomènes comparables, comme l’emploi productif de « -ing » dans des créations telles que « footing » ou « smoking » qui ne sont pas anglais, au même titre que « pourrave » n’est pas rromani.
La situation est d’autant plus complexe que le français connaît parallèlement d’autres pratiques dans lesquelles cette particule comparable apparaît ; en effet, dans le javanais, argot à clé, « -av-« fonctionne comme un infixe (affixe introduit à l’intérieur du mot), par exemple : « gava » pour « gars ».
Le rromani est avant tout une langue vivante, parlée aujourd’hui dans de nombreux pays d’Europe et transmise par des millions de locuteurs. En France, il fait partie des langues non territorialisées et fait l’objet d’enseignements et de recherches, même si sa visibilité reste limitée.
Les catégories administratives, les stéréotypes hérités de plusieurs siècles de marginalisation et la diversité des groupes rroms, sintés, manouches et kalés rendent parfois difficile la compréhension de cette réalité linguistique.
Les mots passés dans le français constituent une porte d’entrée vers une histoire plus large. Ils rappellent que les langues ne connaissent pas les frontières que les sociétés cherchent parfois à leur imposer. Elles circulent avec les femmes et les hommes qui les parlent, mais aussi avec les pratiques culturelles et les représentations qui les accompagnent.
S’intéresser au rromani en sociolexicologie, ce n’est donc pas seulement retrouver l’origine de quelques mots d’argot, c’est observer la manière dont une langue et les populations qui la parlent ont participé et participent à l’histoire linguistique du français. C’est aussi comprendre que les mots sont porteurs de mémoire.
Alors même que l’origine rromani de nombreuses formes est méconnue, leur présence continue de travailler le français. Les mots ont changé de langue, parfois de sens, de forme, de fonction, mais ils continuent de porter, sous des formes nouvelles, les traces d’une histoire européenne faite de voyages et de rencontres.
Anne Gensane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.09.2026 à 09:40

L’ESSENTIEL
Le Victoria and Albert Museum, une institution londonienne, consacre à partir du 21 septembre une exposition à l’iconique trench Burberry.
Pour quelles raisons certains vêtements deviennent-ils démodés et, d’autres intemporels ?
Pour accéder au rang de classique, un vêtement doit remplir certaines conditions, s’adapter mais pas trop, suivre l’air du temps sans se renier.
Le 21 septembre prochain, le Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres ouvrira une exposition consacrée au trench Burberry. Conçu initialement comme un vêtement de protection et associé à l’univers militaire, celui-ci est au fil du temps devenu une icône mondiale de la mode.
Son parcours soulève une énigme : comment un objet conçu pour une époque révolue peut-il continuer à paraître pertinent aux suivantes ? Dans une industrie fondée sur le renouvellement perpétuel des tendances, durer ne suffit pas. Encore faut-il ne pas paraître has been.
Un produit peut traverser un siècle sans pour autant devenir « intemporel ». L’ancienneté relève du calendrier, l’intemporalité, du regard porté sur l’objet. Elle ne désigne pas sa simple survie, mais sa capacité à demeurer désirable dans des contextes très éloignés de celui qui l’a vu naître.
Cette distinction permet de séparer durée physique et durée symbolique. Un vêtement peut rester en parfait état et pourtant ne plus sortir d’une armoire : il a résisté à l’usure, mais pas à l’obsolescence sociale. À l’inverse, un produit perçu comme intemporel peut encore être porté au présent sans sembler appartenir exclusivement au passé. Sa véritable performance n’est donc pas de rester intact, mais de ne pas être enfermé dans son époque d’origine.
Ne pas rester enfermé dans son époque suppose un exercice paradoxal : se transformer suffisamment pour rester actuel, mais pas au point de devenir un autre objet. L’exposition du V&A présentera ainsi, aux côtés de modèles plus traditionnels, un trench en soie métallique rose ou encore une version violette à imprimé baroque et à franges.
Malgré ces écarts, le vêtement demeure identifiable. C’est que son identité ne réside pas dans la reproduction exacte d’une même silhouette. Elle repose sur des codes visuels récurrents : le col, le rabat-tempête, la patte de gorge, la ceinture ou encore la doublure à carreaux. Les créateurs peuvent alors faire varier les nuances sans changer complètement l’essence.
Cette continuité ne va pourtant pas de soi. Des recherches consacrées aux marques patrimoniales montrent que l’héritage peut devenir un piège. Lorsque la longévité d’une marque est fortement mise en avant, les consommateurs peuvent préférer le produit original à une version « actuelle » si celle-ci leur paraît rompre avec ses origines.
Le changement est mieux accepté lorsqu’il peut être interprété comme un prolongement plutôt que comme une rupture. Ce qui compte n’est donc pas seulement l’ampleur de la transformation, mais la manière dont elle peut être comprise. Un produit intemporel n’est pas reproduit à l’identique : il propose à chaque époque une nouvelle version de quelque chose qu’elle pense déjà connaître.
Ainsi, les transformations du trench ne concernent pas seulement son apparence. Elles touchent aussi ses usages et les significations qui lui sont associées. D’abord vêtement de protection, notamment lié à l’univers militaire, il s’est ensuite installé dans la garde-robe civile, la culture populaire, la mode puis le luxe. Chaque nouvel usage n’a pas effacé les précédents : sa fonction protectrice demeure perceptible dans ses détails techniques, tandis que son histoire militaire, son association au style britannique et son entrée dans le luxe lui ont ajouté de nouvelles valeurs.
Ces significations ne sont jamais vraiment fixées. Elles circulent entre la société, la mode, les marques et les consommateurs, qui peuvent se les approprier pour des raisons différentes. Une génération n’a donc pas besoin de désirer un produit pour les mêmes raisons que la précédente. Certains recherchent dans le trench sa fonctionnalité, d’autres son savoir-faire, son histoire ou encore ce qu’il leur permet d’exprimer. L’objet traverse le temps parce qu’il peut continuer à recevoir de nouvelles interprétations sans perdre entièrement la mémoire des anciennes.
Mais cette capacité ne dépend pas du produit seul. Créateurs, médias, consommateurs et institutions culturelles participent à sélectionner, réinterpréter et légitimer certaines dimensions de son histoire. Le V&A ne se contente donc pas de constater que le trench est devenu une icône. En réunissant archives, détails de fabrication et créations contemporaines dans un même récit, le musée contribue aussi à le faire passer du statut de produit commercial à celui d’objet patrimonial.
Les recherches consacrées aux relations entre mode et musées décrivent ces institutions comme des acteurs de la valorisation culturelle de la mode. Le statut d’icône n’est pourtant jamais définitivement acquis. Burberry a récemment replacé le trench, l’outerwear et ses signes distinctifs au centre d’une stratégie explicitement baptisée Burberry Forward, destinée à recréer du désir pour la marque autour de l’expression Timeless British Luxury.
Même un produit présenté comme intemporel doit donc continuellement être réactualisé, raconté et remis en scène. L’intemporalité n’est finalement ni l’immobilité ni l’absence de temps. Elle désigne la capacité à faire interpréter les transformations successives d’un objet comme les prolongements d’une même histoire. Un produit intemporel ne vainc pas le temps : il parvient, génération après génération, à s’ancrer dans le présent.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
19.09.2026 à 09:40
Repas à un euro : quels autres leviers pour améliorer l’alimentation des étudiants ?
L’ESSENTIEL
Depuis mai 2026, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans les restaurants universitaires.
Au-delà de cette mesure répondant à une urgence sociale, quelles solutions permettraient d’améliorer durablement leur alimentation ?
Une recherche participative menée à Lyon apporte des éléments de réponse.
Depuis le 4 mai 2026, les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans tous les restaurants universitaires de France. Cette mesure, qui existait déjà pour les étudiants boursiers, est désormais étendue à l’ensemble des étudiants pour améliorer leur pouvoir d’achat, dans un contexte de précarité croissante. Les données récentes confirment l’aggravation de la précarité alimentaire étudiante en France.
Une enquête réalisée en 2023 par l’Observatoire national de la vie étudiante révèle qu’à peine plus de la moitié des étudiants (52 %) déclarent disposer suffisamment de tous les aliments qu’ils souhaitent manger, 13 % indiquent ne pas avoir assez à manger, 22 % déclarent sauter souvent des repas (pour économiser du temps, par manque d’organisation et pour des raisons financières essentiellement) et 9 % ont bénéficié d’une aide alimentaire.
L’université peut aider les étudiants à mieux s’alimenter notamment en améliorant l’offre mais aussi les conditions de restauration des étudiants. Mais elle ne peut répondre seule à l’ensemble des enjeux liés à l’alimentation étudiante.
L’insécurité alimentaire des étudiants, qui désigne les difficultés à accéder régulièrement à une alimentation suffisante, de qualité et adaptée à ses besoins (principalement pour des raisons financières) est devenue un véritable enjeu de santé publique.
Pour répondre à cette question, nous avons mené à Lyon une recherche participative impliquant des étudiants et des partenaires locaux.
Les pratiques alimentaires des étudiants recouvrent des réalités très variées, cependant un point commun les relie : le décalage entre, d’une part, leurs connaissances et leurs intentions en matière de nutrition, et, d’autre part, leurs comportements alimentaires effectifs. L’objectif de notre étude était donc de concevoir des solutions viables, à long terme, permettant de favoriser le choix d’une alimentation saine et durable (ayant de faibles conséquences sur l’environnement) par les étudiants.
Nous avons mis en œuvre une démarche de co-construction de solutions (basée sur les principes du design thinking) en associant directement au projet le public cible étudiant et les acteurs impliqués.
Les premières étapes ont montré qu’il est nécessaire d’agir sur trois aspects complémentaires pour faciliter l’accès des étudiants à une alimentation saine et durable :
l’accessibilité financière (pouvoir acheter des aliments à un prix abordable),
l’accessibilité physique (pouvoir trouver facilement des lieux où se procurer ces aliments)
l’accessibilité cognitive (disposer des informations et des connaissances nécessaires pour faire des choix alimentaires éclairés).
Ce constat est cohérent avec une enquête de terrain qui a révélé un décalage entre l’accessibilité réelle de l’offre alimentaire (ce qui est effectivement disponible et accessible) et l’accessibilité telle qu’elle est perçue par les étudiants.
À partir de ce premier constat, des séances de brainstorming avec des étudiants et les partenaires du projet ont permis de définir deux axes d’actions.
D’une part, la mise en place d’un dispositif de soutien financier pour réduire les freins économiques et développer l’autonomie des étudiants. Développé en partenariat avec une association de monnaie locale, la Gonette, celui-ci repose sur un budget mensuel équivalent à 50 euros par étudiant, distribué en monnaie locale, à dépenser dans le réseau alimentaire local.
D’autre part, la mise en place d’actions de sensibilisation et d’accompagnement pour renforcer les connaissances des étudiants et créer un lien direct entre eux et les producteurs. Un dispositif de sensibilisation a été conçu avec une association de producteurs biologiques locaux, Agribio : conférence-débat sur l’agriculture biologique, visites de ferme, interventions de producteurs locaux et ateliers de cuisine.
Pour tester l’impact de ces dispositifs sur les attitudes et les comportements des étudiants, une expérimentation a été menée sur une période de six mois.
Elle montre qu’un soutien financier est un levier efficace pour améliorer les habitudes alimentaires des étudiants à moyen terme. Associé à des actions de sensibilisation portées par des acteurs locaux, il permet également de mieux faire comprendre les enjeux liés à la santé, à l’environnement et à l’origine des aliments.
À l’inverse, un dispositif reposant uniquement sur des actions de sensibilisation, sans aide financière, suscite très peu d’adhésion de la part des étudiants. Il s’agissait pourtant des mêmes types d’activités (visite de ferme, atelier de cuisine, conférence sur l’agriculture biologique), qui suscitaient davantage d’adhésion lorsqu’elles étaient proposées avec une aide financière. Leur organisation en dehors des campus et en fin de journée a également pu constituer un frein à la participation. Ce constat souligne l’importance d’adapter les dispositifs aux contraintes et aux conditions de vie des étudiants pour favoriser leur participation.
À une période clé de leur vie, où ils construisent leurs habitudes de vie et gagnent en autonomie, de nombreux étudiants renoncent à une alimentation équilibrée faute de moyens, avec des conséquences possibles sur leur santé, leur bien-être et leur réussite universitaire. Face à ces défis, les réponses ne peuvent pas se limiter à l’aide alimentaire d’urgence : elles doivent aussi permettre un accès durable à une alimentation de qualité. Nos résultats soulignent l’intérêt de concevoir des dispositifs qui combinent un accompagnement concret et des actions éducatives afin de favoriser des changements durables.
L’étude citée fait l’objet d’un article à paraître dans Décisions Marketing, n° 125, janvier-mars 2027.
Stéphanie Verfay a reçu des financements de la Ville de Lyon (subvention).
Marie-Claire Wilhelm ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.