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04.05.2026 à 16:26

À quelle heure éteindre les lampadaires pour protéger la biodiversité ?

Samuel Challéat, Chercheur, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
Jean Secondi, maître de conférences en Ecologie, Université d’Angers
Kevin Barré, Post-doctorant en écologie appliquée, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)
Laurent Godet, Chercheur au CNRS, Nantes Université
Léa Mariton, Post-doctorante en sciences de la conservation & éco-acoustique, Inrae
Thierry Lengagne, chercheur CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1
Pour la biodiversité, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre, mais de savoir quand et où.
Texte intégral (4574 mots)

Alors que l’extinction nocturne se diffuse dans les communes, trois études portant respectivement sur des rouges-gorges, des crapauds et des chauve-souris montrent que, souvent, éteindre la lumière quelques heures ne suffit pas à restaurer une nuit naturelle. Pour la biodiversité, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre, mais de savoir quand et où.


Ces dernières années, éteindre l’éclairage public au cœur de la nuit s’est imposé comme une réponse simple à plusieurs enjeux : réduire la facture énergétique, afficher une forme de sobriété, et limiter la pollution lumineuse et ses effets sur le vivant. Du point de vue de la biodiversité, la meilleure solution serait de ne pas éclairer du tout. Mais cette option se heurte à d’autres usages légitimes des espaces nocturnes : les nôtres ! Reste alors une question : une extinction de quelques heures en milieu de nuit suffit-elle vraiment à réduire les impacts de la lumière sur la biodiversité ? Pas nécessairement : ses effets sur le vivant dépendent du contexte – lieu, paysage lumineux à large échelle, météorologie – et des espèces concernées.

Une mesure répandue, mais dont les effets biologiques restent peu évalués

De fait, les espèces n’utilisent pas toutes la nuit de la même manière. Le début de soirée, le cœur de la nuit et les heures qui précèdent l’aube correspondent souvent à des comportements différents : recherche de nourriture, déplacements, retours au gîte, endormissement et réveil, communications… Dans ce contexte, une extinction partielle de l’éclairage peut limiter certains effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité… ou passer à côté de l’essentiel si elle ne coïncide pas avec les pics d’activité des espèces présentes.

Autre point important : éteindre localement ne signifie pas forcément retrouver une obscurité totale. En ville, les éclairages voisins – lampadaires des rues adjacentes, enseignes, vitrines ou éclairages privés – ainsi que la lumière diffusée par les nuages maintiennent souvent une clarté résiduelle. Et cet effet ne s’arrête pas aux centres urbains : en zone rurale aussi, le halo lumineux des villes peut rester perceptible à plusieurs dizaines de kilomètres. Pour les espèces les plus sensibles à la lumière, la différence entre périodes allumées et éteintes peut donc être faible, même lorsque l’éclairage public est coupé localement. Les horaires d’extinction d’une commune ne suffisent donc pas, à eux seuls, à décrire l’ambiance lumineuse réelle à laquelle les animaux sont exposés.

Le rouge-gorge familier en ville : couper la lumière au cœur de la nuit ne suffit pas

rouge-gorge familier (_Erithacus rubecula_)
Le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Giles Laurent, CC BY

C’est ce que nous constatons chez le rouge-gorge familier (orthographié « “rougegorge” familier » par la Cinfo, ndlr). Chez cet oiseau diurne, l’extinction partielle de l’éclairage en milieu de nuit ne suffit pas, en contexte urbain, à retrouver des rythmes d’activité comparables à ceux observés dans des sites non éclairés. Même lorsque les lampadaires sont coupés entre 23 heures et 6 heures, les oiseaux ont tendance à chanter plus tôt le matin et plus tard le soir que dans des zones réellement sombres.

Sonagramme du chant du rouge-gorge familier. Fourni par l'auteur

Pour tester cet effet dans la métropole nantaise (Loire-Atlantique), nous avons comparé trois types de sites : des sites non éclairés, des sites éclairés toute la nuit et des sites soumis à une extinction partielle de l’éclairage, c’est-à-dire à une coupure de l’éclairage public pendant une partie de la nuit.

Nous avons utilisé un indicateur simple : le chant du rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). En enregistrant l’environnement sonore sur plusieurs jours, on peut reconstituer les rythmes de chant de l’espèce sur l’ensemble du cycle jour-nuit et voir comment ils varient selon les conditions lumineuses.

Chants de rouges-gorges familiers ainsi que de troglodytes mignons, de pinsons des arbres et de fauvettes à tête noire. Laurent Godet, Fourni par l'auteur737 ko (download)

Le résultat est net : les sites où l’éclairage est coupé en milieu de nuit ressemblent souvent davantage aux sites éclairés toute la nuit qu’aux sites non éclairés. L’écart apparaît surtout aux moments clés pour cette espèce, à l’aube et au crépuscule – respectivement autour de quarante minutes avant et de vingt minutes après le coucher du soleil – qui correspondent à ses pics d’activité vocale.

Dans notre étude, le pic de chant matinal survient en moyenne avant le lever du soleil, de l’ordre de quelques dizaines de minutes. Or, c’est précisément à ce moment-là que, dans un paysage urbain déjà lumineux, l’extinction partielle de l’éclairage se distingue peu d’un éclairage continu.

Cela s’explique sans doute par le rôle central de l’aube et du crépuscule chez les espèces diurnes : ces transitions servent de repères pour caler les rythmes quotidiens. Beaucoup de dispositifs d’extinction laissent encore de la lumière en début de soirée et se rallument avant le jour. Autrement dit, on éteint au cœur de la nuit, mais on maintient de la lumière aux deux moments qui comptent le plus pour synchroniser l’activité.

Pour un rouge-gorge, ce décalage peut avoir des conséquences très concrètes : chanter plus tôt, c’est aussi défendre son territoire plus tôt, interagir différemment avec les autres individus, et décaler des activités essentielles comme la recherche de nourriture ou l’attraction d’un partenaire.

Nos données ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un effet direct sur la reproduction ou la survie. Mais elles montrent qu’une extinction partielle de l’éclairage ne ramène pas automatiquement la situation à la normale, surtout en ville où l’obscurité reste souvent incomplète même quand une rue ou un quartier est éteint.

Une chauve-souris réunionnaise : un petit décalage de l’extinction peut changer la donne

Petit molosse de la Réunion (_Mormopterus acetabulosus_)
Petit molosse de La Réunion (Mormopterus acetabulosus). Paul Jossigny, CC BY

Chez le petit molosse, une chauve-souris nocturne endémique de La Réunion, en revanche, avancer de deux heures l’extinction du soir suffit à faire disparaître l’effet de l’éclairage en début de nuit. Cependant, cet effet persiste en fin de nuit, quand le rallumage matinal reste précoce.

Nous avons étudié cette espèce, Mormopterus francoismoutoui, dans une situation permettant d’aller au-delà d’une simple comparaison entre sites éclairés et non éclairés. Pendant un mois, sur certains sites, l’extinction partielle de l’éclairage a été modifiée : les lampadaires s’éteignaient deux heures plus tôt que d’habitude. Cela permettait de comparer la situation avant et après ce changement sur les mêmes sites avec, en parallèle, des sites témoins non éclairés. L’activité des chauves-souris a été suivie par acoustique, à l’aide d’enregistreurs captant leurs cris d’écholocation. Il ne s’agit pas d’un comptage direct d’individus, mais d’un indicateur de leur activité.

Petits molosses de La Réunion, en sortie de gîte. Samuel Challéat, Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS, UMR Géode, Fourni par l'auteur

Les résultats montrent que tant que les lampadaires restent allumés, les chauves-souris sont davantage détectées près des zones éclairées, surtout au début et à la fin de la nuit, c’est-à-dire pendant leurs pics d’activité. Quand l’extinction du soir est avancée, cet effet disparaît au début de la nuit : la lumière ne « structure » plus leur activité comme auparavant. En revanche, une différence tend à persister avant l’aube, ce qui est cohérent avec un rallumage matinal resté inchangé. Les petit molosses semblent donc toujours attirés par les zones éclairées lors de leur pic d’activité précédant le lever du jour, notamment lorsque la météo est favorable.

Ce résultat illustre un point important : l’efficacité d’une extinction partielle de l’éclairage dépend de son chevauchement avec les périodes d’activité des espèces présentes. Couper la lumière en milieu de nuit peut avoir peu d’effet si une espèce concentre ses déplacements et sa recherche de nourriture aux extrémités de la nuit. À l’inverse, un ajustement apparemment modeste – ici, éteindre deux heures plus tôt en soirée – peut suffire à faire disparaître l’effet de l’éclairage sur une partie de la nuit.

Il faut toutefois rester prudent dans l’interprétation. Une présence plus importante près des lampadaires ne signifie pas forcément que la lumière est bénéfique. Elle peut correspondre à une opportunité, par exemple si des insectes sont attirés par la lumière, mais aussi à des effets plus ambigus : trajets modifiés, concentration des individus dans certains espaces, compétition accrue ou exposition plus forte aux prédateurs. Autrement dit, ces résultats montrent surtout une redistribution de l’activité dans le temps et dans l’espace, sans permettre de conclure que l’éclairage artificiel est, en soi, favorable ou défavorable.

Chez les crapauds, l’extinction partielle reste une solution partielle

Crapaud épineux (_Bufo spinosus_)
Le crapaud épineux (Bufo spinosus). Frank Vassen, CC BY

Chez le crapaud épineux (Bufo spinosus), un amphibien surtout actif la nuit, l’extinction partielle de l’éclairage atténue certains effets de la lumière artificielle, sans recréer pour autant les conditions d’une nuit réellement sombre.

Le crapaud épineux est une espèce commune dans le sud et l’ouest de la France, fréquemment présente à proximité des zones habitées, y compris en contexte urbain et périurbain. Chez son espèce sœur très proche, le crapaud commun (Bufo bufo), la lumière artificielle nocturne est déjà connue pour affecter le comportement, la physiologie et même l’expression des gènes dans les cellules : plus de 1 000 gènes dysfonctionnent lorsque les animaux sont soumis à une faible intensité lumineuse la nuit ! Or, chez ces animaux, l’activité est souvent plus marquée en début de nuit, ce qui laisse penser qu’une extinction partielle de l’éclairage en cœur de nuit ne peut, au mieux, qu’en atténuer les effets.

Qu’appelle-t-on « expression des gènes » ?

  • L’expression des gènes correspond à la manière dont un organisme « active » ou « désactive » certains gènes selon le moment, l’environnement ou l’état dans lequel il se trouve. Tous les gènes ne fonctionnent pas en permanence. Selon qu’il fait jour ou nuit, qu’un animal est au repos, en activité ou soumis à un stress, certains gènes sont davantage mobilisés que d’autres. Cela permet notamment de produire les molécules nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Dire que la lumière artificielle peut modifier l’expression des gènes signifie donc qu’elle ne change pas seulement le comportement visible des animaux : elle peut aussi affecter leur fonctionnement biologique en profondeur.

Nous avons testé cette hypothèse expérimentalement chez des individus issus de l’une des zones les moins exposées à la pollution lumineuse dans l’ouest de la France – en Mayenne et dans l’Orne. Trois groupes ont été constitués : un groupe maintenu dans l’obscurité naturelle, un groupe exposé à une faible lumière toute la nuit (0,5 lux) et un groupe soumis à une extinction de l’éclairage entre 23 heures et 5 heures, mais avec cette même intensité lumineuse de 0,5 lux le reste de la nuit. Après au moins neuf jours d’exposition, nous avons suivi l’activité de mâles par vidéo au cours de la nuit.

La distance parcourue a peu varié selon les traitements, sans doute en partie à cause du dispositif expérimental. En revanche, un résultat ressort nettement : plus les crapauds sont exposés longtemps à la lumière, plus ils passent de temps dans leur refuge. Les individus soumis à une extinction partielle de l’éclairage occupent une position intermédiaire entre ceux placés dans l’obscurité et ceux exposés toute la nuit. C’est aussi le seul groupe à montrer une reprise de l’activité après le rallumage de 5 heures du matin.

Pour un crapaud, cela peut avoir des conséquences très concrètes : passer plus de temps caché, c’est potentiellement disposer de moins de temps pour chercher de la nourriture, trouver un partenaire ou se déplacer vers un autre site. Le regain d’activité observé au moment du rallumage pourrait aussi représenter un coût en énergie ou une source de stress. L’extinction partielle de l’éclairage réduit donc certains effets comportementaux, mais elle ne semble pas équivalente, pour ces animaux, à une nuit non éclairée.

Nous ne savons pas encore si cette atténuation se traduit aussi par une réduction des effets physiologiques ou génétiques de la lumière artificielle. Il reste également à mieux comprendre l’impact d’un changement brutal d’intensité lumineuse, au moment de l’extinction comme du rallumage.

Un constat commun : l’importance des moments clés de la nuit

Il serait excessif de conclure que l’extinction partielle de l’éclairage est inutile. Mais nos résultats rappellent qu’elle reste avant tout pensée en fonction des usages humains de la nuit – quand les espaces publics sont moins fréquentés et la circulation plus faible – plutôt qu’en fonction des moments où la lumière influence le plus les êtres vivants.

Dans nos trois études, ce sont justement les extrémités de la nuit qui apparaissent décisives. Chez le rouge-gorge, maintenir de la lumière au crépuscule et à l’aube suffit à entretenir des décalages d’activité, même lorsque l’éclairage est coupé au cœur de la nuit. Chez le petit molosse, avancer l’extinction du soir réduit l’effet de la lumière en début de nuit mais non en fin de nuit si le rallumage matinal reste inchangé. Chez les crapauds, le rallumage en fin de nuit relance l’activité alors qu’elle devrait plutôt diminuer. Dans les trois cas, le constat est le même : pour être efficace, une extinction partielle doit coïncider avec les périodes où les espèces sont les plus sensibles à la lumière et produire une baisse réellement perceptible de la luminosité.

Enfin, parler d’extinction comme d’un simple retrait de lumière peut être trompeur. Cette modalité de gestion de l’éclairage public impose aussi des transitions artificielles brutales – allumage, extinction, rallumage – qui peuvent perturber les organismes. Une extinction en milieu de nuit, ce n’est donc pas seulement moins de lumière : c’est aussi une autre manière de découper artificiellement la nuit.

Quelles implications pour l’action locale ?

Ces résultats ne livrent pas, bien sûr, de recette unique. Mais ils suggèrent trois leviers si l’on veut que l’extinction partielle de l’éclairage apporte aussi un bénéfice à la biodiversité.

D’abord, ajuster les horaires autour du crépuscule et de l’aube, souvent décisifs pour les rythmes et l’activité des espèces. Ensuite, réduire la lumière qui déborde des zones encore éclairées – rues adjacentes, enseignes, éclairages privés – pour que l’extinction se traduise par une baisse réelle de luminosité. Enfin, adapter la stratégie d’éclairage selon les lieux – centre-ville, quartiers résidentiels, abords d’espaces naturels – plutôt que d’appliquer partout la même règle.

Ces décisions d’aménagement gagnent à s’appuyer à la fois sur l’expertise écologique et sur l’expérience des habitants pour repérer les lieux et les horaires sensibles, arbitrer en transparence, puis ajuster les choix au vu des retours et des observations.

The Conversation

Samuel Challéat est coordinateur de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS, directeur du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS, et directeur adjoint de l'UMR 5602 GÉODE. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Jean Secondi est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

Kévin Barré est membre de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Laurent Godet est membre de l'UMR 6554 LETG, de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion, de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS et de la Fondation de France dans le cadre du projet LARN.

Léa Mariton est membre de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Elle a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Thierry Lengagne est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

04.05.2026 à 16:24

Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ?

Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University
L’OMS soupçonne une épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière dans l’Atlantique, des virus à l’origine d’une maladie rare mais potentiellement mortelle, transmise à l’humain par des rongeurs.
Texte intégral (1533 mots)

Le 3 mai 2026, selon les informations communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois personnes sont mortes à bord d’un bateau de croisière sur l’océan Atlantique. L’OMS suspecte une épidémie provoquée par un hantavirus, une famille de virus qui peuvent, de manière exceptionnelle, être transmis à l’humain par des rongeurs et provoquer des syndromes pulmonaires et hémorragiques, potentiellement mortels.


Trois personnes sont décédées à la suite d’une épidémie présumée d’hantavirus sur un bateau de croisière au milieu de l’océan Atlantique. Au moins un autre passager est en soins intensifs en Afrique du Sud.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux dimanche 03 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ces décès et indiqué que cette maladie rare à hantavirus avait été confirmée en laboratoire dans un des cas. Les autorités enquêtent actuellement sur cinq autres cas suspects parmi les passagers du MV Hondius.

Alors, qu’est-ce-que la maladie à hantavirus ? Et pourquoi peut-elle se révéler mortelle ?

Au fur et à mesure que l’enquête avance, voici ce que nous savons.

Que sait-on sur les hantavirus ?

Les hantavirus provoquent des syndromes pulmonaires rares mais graves et peuvent aussi entraîner des hémorragies sévères et de la fièvre, sachant qu’une maladie à hantavirus peut être mortelle.

(Ces virus quand ils sont zoonotiques causent chez l’humain deux types de syndromes, indique l’Institut Pasteur : soit une fièvre hémorragique avec syndrome rénal causée principalement par des hantavirus de l’Ancien Monde, soit un syndrome cardiopulmonaire causé essentiellement par des hantavirus du Nouveau Monde. Les deux syndromes peuvent être provoqués par une même espèce virale. C’est une maladie relativement rare dans certains pays – une centaine de cas hospitalisés détectés en moyenne en France annuellement et de l’ordre d’une cinquantaine par an aux États-Unis –, mais plus fréquente dans d’autres – plusieurs centaines à milliers de cas par an en Allemagne et Scandinavie, ndlr.)


À lire aussi : Qu’est-ce qu’une zoonose ?


Le virus est transmis par des rongeurs, tels que les souris et les rats, principalement par l’urine et les excréments des animaux infectés.

En général, les hantavirus ne se transmettent pas d’un humain à un autre, sauf dans de rares cas.

On estime qu’il y a chaque année, dans le monde, entre 150 000 et 200 000 cas d’infection par des hantavirus.

Ils sont moins contagieux que les virus transmissibles par voie aérienne tels que le Covid et les virus influenza (les virus influenza transmettent la grippe, ndlr), car ils ne se transmettent généralement pas d’une personne à l’autre.

Qu’est-ce qui rend ces hantavirus mortels ?

Il existe deux principaux types d’hantavirus, chacun présentant des symptômes différents.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus, qui touche les poumons, est principalement présent aux États-Unis. Si une personne est infectée par ce type d’hantavirus, elle présentera probablement, en l’espace de quelques jours, une toux et un essoufflement.

À mesure que la maladie progresse, des symptômes tels que la fatigue, la fièvre et des douleurs musculaires peuvent apparaître. Des maux de tête, des vertiges, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales peuvent également survenir. Il s’agit de la souche la plus mortelle du hantavirus. Malheureusement, environ 38 % des personnes qui présentent ces symptômes décèdent des suites de la maladie.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal est principalement présente en Europe et en Asie, mais la souche connue sous le nom de « virus de Séoul » s’est propagée dans le monde entier. Cette forme d’hantavirus touche principalement les reins.

Les personnes développent généralement des symptômes dans les deux semaines qui suivent l’exposition au virus. Les premiers symptômes comprennent des maux de tête intenses, des douleurs abdominales, des nausées et une vision trouble. Les symptômes plus avancés comprennent une tension artérielle basse, des hémorragies internes et même une insuffisance rénale aiguë. Cette maladie peut être causée par différents virus, dont certains sont plus mortels que d’autres, ce qui signifie qu’entre 1 % et 15 % des cas peuvent être mortels.

Malheureusement, il n’existe aucun traitement spécifique ni aucun remède contre aucun des deux types d’hantavirus. Toutefois, une prise en charge médicale précoce peut augmenter les chances de survie du patient. Cela peut inclure le recours à des respirateurs, l’oxygénothérapie et la dialyse.

Concernant le bateau de croisière, les autorités poursuivent leurs investigations afin de déterminer à quel type de hantavirus les passagers ont été exposés.

Comment le virus s’est-il retrouvé sur un bateau de croisière ?

Dans un environnement clos tel qu’un bateau de croisière, les passagers auraient pu contracter un hantavirus de deux façons.

Selon une première hypothèse, ils auraient été exposés au virus lors d’une excursion à terre.

Autre hypothèse : des rongeurs auraient pu s’introduire à bord du navire dans la cargaison, puis transmettre la maladie aux passagers par le biais de leur urine ou de leurs excréments contaminés. D’autres facteurs, tels que les normes d’hygiène et les pratiques de stockage des aliments, ont peut-être contribué à accélérer la propagation de l’infection.

Pour endiguer cette épidémie présumée, les autorités doivent d’abord s’assurer que tous les rongeurs sont capturés en toute sécurité et retirés du navire. Elles doivent ensuite surveiller l’ensemble des passagers afin de détecter d’éventuels symptômes liés à une infection par hantavirus. Le virus est diagnostiqué à l’aide d’un test PCR, similaire à ceux utilisés pour diagnostiquer des virus tels que le Covid.

Sachant qu’il n’existe aucun traitement spécifique contre cette maladie, les autorités doivent aider les passagers infectés à gérer leurs symptômes. Cela implique de vérifier qu’ils respirent normalement et que leurs reins fonctionnent correctement.

Alors, faut-il s’inquiéter ?

Bien qu’ils soient préoccupants, les cas d’infections par des hantavirus restent extrêmement rares. Cependant, comme la maladie à hantavirus peut présenter des symptômes similaires à ceux d’autres affections respiratoires, il est recommandé de toujours consulter un médecin si vous présentez des symptômes.

Si vous avez séjourné dans des régions où ce type de virus est présent et que vous souffrez d’essoufflement, de fièvre ou de tout autre symptôme qui ressemble à un syndrome grippal, consultez votre médecin traitant.

The Conversation

Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

04.05.2026 à 16:20

Are we really programmed to be lazy?

Nathalie André, Maitre de Conférences en Sciences du sport, Université de Poitiers
Do people have a natural aversion to putting in the effort or wasting effort?
Texte intégral (1088 mots)

For decades, psychology and neuroscience have suggested that if humans and animals naturally try to make as little effort as possible, it is because putting in the effort is not enjoyable.

Another possible interpretation: is that it’s not the actual effort that individuals avoid, it’s the effort wasted – effort that leads you nowhere or whose benefits do not justify putting in the effort. This vision is explored in a recent article I co-wrote with Roy Baumeister at Harvard University, Guido Gendolla at the University of Geneva, and Michel Audiffren from the University of Poitiers and published in 2026 in Neuroscience & Biobehavioral Reviews.

Let me explain:

How did we come to pinpoint that it’s effort-wasting that people avoid rather than actual effort?

To support our thesis, we conducted a critical, two-pronged synthesis of the scientific literature. First looking at child development. We thought that, if the effort was intrinsically unpleasant, effort rejection should be observed very early in development.

Infants and young children do not show any spontaneous aversion to effort: they engage in it freely, associate pleasure with satisfaction, and only learn how to spare their efforts gradually. The example of 10-month-olds is particularly striking: after watching an adult persevere in a difficult task, they themselves redouble their efforts to solve a problem.

Later on, at around 6 years old, children smile more after achieving something difficult than when something is easy – as if the acutal resistance involved added value to their success. If effort were intrinsically aversive, none of this would be possible.

Secondly, we focused on studies of the “least effort principle” in animals and adults. The preference for the least costly path in terms of effort emerges only when the rewards are strictly equivalent – and disappears as soon as the benefits justify the investment.

Better still, several studies show that people prefer to actively engage in a task rather than remain passive, and that busy people are happier than idle people, even when they are forced to be active.

Why is this so important?

This shift in perspective is transforming our understanding of human motivation. It makes it possible to solve what some call the “paradox of effort”: if there is indeed a biological law of “least effort”, then how can we explain why millions of people voluntarily engage in demanding activities such as extreme sports, learning an instrument, lengthy studies – and find them enjoyable?

If effort is perceived as a neutral cost (i.e. neither positively nor negatively balanced), comparable to spending money, then it becomes logical that people agree to put in the effort when it pays off.

This approach reinstates human beings as agents capable of evaluating and making decisions, rather than as an organism perpetually battling against a biological repulsion to action. It also makes it possible to better distinguish between ordinary situations of disengagement – when faced with something deemed unfavourable – and pathological cases, where a real aversion to effort may arise.

In the second case, such resistance to effort is based on well-identified neurobiological mechanisms, notably a reduced activity of the dopaminergic system.

Dopamine plays a central role in motivation in this respect: it strengthens the sense of reward and stimulates the pursuit of goals. When dopamine is lacking, effort becomes truly unpleasant and the desire to engage withers away.

What should be the next steps for this research?

Several questions remain open.

It is still unclear in what conditions some people develop a real aversion to effort and which neurobiological mechanisms are involved. Dopamine function is often cited, but research has mainly focused on situations involving external rewards. However, few studies examine the intrinsic motivations behind actually seeking effort for the sake of it.

One practical question still stands: what if, rather than seeking to make tasks less burdensome in schools, at work, and in care sectors – we primarily sought to make them more justified and useful in the eyes of those who are required to do them? This could make all the difference.


The Research Brief is a short, three-minute take on interesting academic work with context and commentary from the academics themselves.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Nathalie André ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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