01.10.2026 à 15:49
Nos pratiques funéraires sont-elles gravées dans le marbre ? Ce que l’archéothanatologie nous apprend des funérailles du passé
Texte intégral (3155 mots)

Que deviennent nos corps après notre décès ? Dans des sociétés où la mort est de plus en plus invisibilisée, comment ont évolué nos rites ? Demain, à quoi ressembleront les cimetières ? L’enterrement ou la crémation seront-ils remplacés par d’autres méthodes ? Comment le numérique transformera-t-il nos pratiques funéraires ?
Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, nous vous proposons une série de six articles sur le thème « Le corps après la mort », rédigés par des experts et illustrés par le dessinateur Vito.
Ce deuxième épisode est consacré à la façon dont les rites funéraires se transforment. Dans les sociétés occidentales actuelles, le traitement des défunts répond à des normes strictes et s’exprime par une mise en œuvre technique hautement standardisée. Si ces pratiques nous semblent immuables, l’archéothanatologie nous apprend qu’elles ont beaucoup varié au fil des siècles. Et demain, que restera-t-il de nos nouvelles pratiques ?
L’ESSENTIEL
Aujourd’hui, en France, les corps des défunts sont enfermés dans des cercueils, qui sont soit enterrés (inhumation), soit brûlés (crémation).
Il n’en a pas toujours été ainsi : les pratiques funéraires ne sont pas immuables, elles se transforment au fil des siècles.
Pour comprendre ces évolutions, une discipline étudie les rites funéraires du passé : l’archéothanatologie.
En France, à l’instar de ce qui est pratiqué dans d’autres pays européens, le corps d’un défunt doit obligatoirement être disposé dans un cercueil, traditionnellement fait de planches de bois. Enfermé dans ce contenant, il peut alors être soit enterré (inhumation), soit brûlé (crémation).
Ces rites sont aujourd’hui si profondément ancrés dans nos traditions qu’on pourrait les croire intemporels. Mais est-ce vraiment le cas ? Les funérailles ont-elles toujours reposé sur les mêmes procédés ?
Pour répondre à ces interrogations, l’éclairage qu’apporte la recherche archéologique est primordial. En permettant d’objectiver certains aspects des pratiques déployées dans les sociétés anciennes, elle documente leur diversité, et remet en question l’apparente immuabilité des rites funéraires.
L’archéothanatologie, une discipline récente
Qu’elles soient mises au jour lors de fouilles archéologiques ou dans le cas plus spécifique du déménagement d’un cimetière, les sépultures présentent un intérêt majeur pour les archéologues.
Si l’attrait de ces derniers fut, un temps, plus tourné vers les objets d’accompagnement que vers les défunts en eux-mêmes, la tendance s’est progressivement inversée depuis un demi-siècle, à la faveur de l’émergence d’une nouvelle discipline : l’archéothanatologie.
Formalisée au tournant des années 1980, cette approche, qui ne prendra son nom actuel qu’au début du XXIᵉ siècle, repose sur l’étude des restes humains archéologiques et des éléments constitutifs de leur environnement.
Sa mise en œuvre passe, avant toute autre chose, par la fouille méticuleuse des sépultures, afin de dégager les ossements et les éventuels vestiges participant de l’architecture funéraire.
Après qu’ils ont été exposés, l’examen de leurs relations réciproques permet aux spécialistes, formés en anatomie humaine et en taphonomie (l’étude des processus de dégradation d’un corps enfoui), de retracer les évènements intervenus durant la dégradation organique du cadavre.
De là, ils peuvent en déduire certaines des caractéristiques originelles du dépôt funéraire, telle la présence d’un espace vide ou au contraire de terre autour du corps durant la décomposition, ou encore l’existence initiale d’une paroi ou d’un fond en matériau périssable aujourd’hui disparu (comme, par exemple, ceux d’un cercueil en bois).
L’étude ultérieure des restes osseux en laboratoire peut en outre révéler des stigmates de pratiques funéraires particulières (par exemple, des traces de découpe évoquant une excarnation – une pratique consistant à enlever la chair et les tissus mous d’un cadavre – ou un embaumement).
Des altérations taphonomiques spécifiques à un environnement de dépôt peuvent aussi être mises en évidence (par exemple, des traces d’activités de certains insectes).
En parallèle, l’analyse des sédiments collectés dans les tombes peut permettre d’y repérer divers vestiges invisibles à l’œil nu, tels que graines, pollens, micro-restes végétaux ou vestiges d’insectes, qui tous peuvent révéler des caractéristiques du dépôt funéraire. À titre d’exemple, l’identification en microscopie de phytolithes, des restes siliceux qui s’accumulent entre les cellules des plantes, pourra révéler la présence d’un matelas en matière végétale sur lequel reposait le corps.
L’ensemble de ces observations, alliées à celles portant sur les vestiges architecturaux conservés (par exemple, dalles de pierre, clous, épingles de linceul ou restes organiques), servent finalement à l’archéothanatologue pour reconstituer les caractéristiques des tombes et certains des traitements appliqués au défunt dans le cadre des funérailles.
Couplées aux éléments de datation (typologie du mobilier, datations par le radiocarbone), elles permettent de dresser un panorama des pratiques funéraires et de leur évolution au fil du temps.
Des pratiques funéraires en mutation
Les plus anciennes sépultures connues, découvertes au Proche-Orient, datent de plus de 100 000 ans. Elles sont le fait de Néandertaliens aussi bien que de représentants de notre espèce, Homo sapiens.
Depuis lors, les humains ont développé des pratiques funéraires aussi variées qu’élaborées, dans le cadre desquelles le corps a pu, selon les cas, être enterré (en pleine terre ou dans un contenant), déposé en surface (en plein air ou dans des grottes ou monuments), brûlé, immergé, ou encore volontairement morcelé avant ou après sa décomposition.
Cohabitant parfois dans une même société, crémation et inhumation se sont succédé l’une l’autre en importance durant la Protohistoire (période de l’histoire précédant l’invention de l’écriture) et l’Antiquité, avant que l’inhumation ne soit adoptée de manière hégémonique au cours du Moyen Âge et de l’époque moderne.
Ces dernières périodes, les plus proches de nous chronologiquement, ont vu l’adoption de nombreux usages dont nos pratiques funéraires actuelles tirent leurs racines. Ainsi, tandis que les sépultures étaient précédemment implantées dans des nécropoles situées en bord de voie ou en plein champ, le regroupement des morts dans des cimetières paroissiaux attenants aux églises s’est rapidement imposé au Moyen Âge. Chaque défunt y était inhumé dans une sépulture individuelle, allongé sur le dos, le plus souvent la tête à l’ouest.
Cependant, en dépit de ces caractéristiques communes, l’étude des sépultures d’alors révèle une forte diversité. Durant les premiers siècles du Moyen Âge (du VIᵉ au Xᵉ siècle), les défunts pouvaient ainsi, selon leur statut et les us régionaux, être inhumés dans de simples fosses comblées de terre ou dans des contenants de types variés : sarcophages en pierre ou en plâtre, coffrages faits de planches, de dalles de pierre ou de tuiles, chambres funéraires en bois, etc. Dans bien des cas, la signalisation des tombes n’était assurée que par de simples croix en bois.
Vers une homogénéisation des pratiques
La seconde partie du Moyen Âge (du XIᵉ au XVᵉ siècle) fut marquée par une rétraction progressive de cette diversité, au profit de l’adoption majoritaire d’inhumations dans des coffrages de bois ou de pierre.
Dans le même temps, la saturation des espaces funéraires conduisit à l’adoption de nouvelles pratiques, notamment l’emploi de caveaux destinés à accueillir des inhumations répétées, ainsi que la constitution d’ossuaires regroupant les os exhumés d’anciennes sépultures. À cette période également, il arriva régulièrement que l’on déroge à la règle de l’inhumation individuelle pour enterrer dans un même fossé plusieurs individus victimes d’une épidémie.
Ce n’est finalement qu’à l’Époque moderne (du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle) que l’emploi de cercueils en bois se généralisa. En parallèle, on vit se répandre, au sein des classes sociales privilégiées, de nouvelles pratiques visant à freiner la décomposition du corps : d’une part, l’embaumement par éviscération (retrait des organes), d’autre part, l’inhumation dans des cercueils de plomb.
Ces derniers usages furent cependant rapidement abandonnés, à la faveur de l’invention de nouvelles techniques de thanatopraxie et d’une normalisation de l’emploi du cercueil de bois dans le courant du XIXᵉ siècle.
Depuis lors, la plus grande évolution (pour ne pas dire révolution) qu’aient connue nos pratiques funéraires est la légalisation de la crémation en 1887. D’abord adoptée par une très faible part de la population, elle est aujourd’hui en passe de devenir majoritaire en France. L’évolution rapide qu’a connue le recours à cette pratique depuis le début du XXIᵉ siècle reflète un changement profond des aspirations d’une partie des citoyens quant au devenir de leurs corps après leur mort, pour partie dictées par des considérations écologiques.
Quelles sont les pratiques en France de nos jours ?
À l’heure actuelle, la loi française impose que le corps soit disposé dans un cercueil, lequel doit être équipé d’un dispositif d’étanchéité de son fond. Les deux seules pratiques funéraires autorisées sont l’inhumation et la crémation.
Dans le premier cas, l’enfouissement doit, à de rares exceptions près, prendre place dans un cimetière. La sépulture, en simple fosse ou en caveau, est généralement signalée par un marqueur de surface, telle une dalle de marbre ou de granit.
Dans le cas de la crémation, le cercueil et le corps qu’il renferme sont consumés dans le four d’un crématorium. Les os calcinés qui subsistent à la fin du processus sont ensuite broyés (crémulation) et mêlés aux cendres issues de la crémation, puis déposés dans une urne funéraire. Ces « cendres » peuvent par la suite être déposées dans un columbarium, être dispersées dans un jardin ou puits du souvenir, ou encore être remises aux proches du défunt pour qu’ils les dispersent « en pleine nature ».
Émergence de nouvelles pratiques funéraires
On le voit, les pratiques funéraires évoluent. Elles s’adaptent aux besoins d’une époque, d’un territoire, d’une société. Il n’est donc pas étonnant de voir aujourd’hui émerger de nouvelles pratiques funéraires. Parmi celles-ci, deux visions se distinguent : la terramation et l’aquamation.
La terramation désigne un ensemble de procédés de réduction des corps reposant sur l’usage de matière végétale (broyat) afin de créer des conditions propices à l’activité des bactéries dites aérobies, c’est-à-dire utilisant l’oxygène. Contrairement aux pratiques d’enterrement classique qui freinent la décomposition, faute d’oxygène, l’objectif est ici de faciliter la décomposition du corps. Dans ces conditions de réduction organique naturelle, les chairs se transforment en produisant de l’humus, auquel peut, dans certains rites, être ajoutée la poudre issue de la pulvérisation des ossements.
À lire aussi : Compostage des défunts : les enjeux sanitaires d’une nouvelle pratique funéraire
L’aquamation, souvent présentée comme une « crémation par l’eau », consiste quant à elle à « déconstruire » le corps dans une solution alcaline. Ce bain va intégralement dissoudre le cadavre : ne subsistent, à la fin du processus, que de petits fragments d’os ainsi qu’un grand volume de liquide trouble, riche en courts fragments protéiques (peptides), mais sans ADN, lequel a été dégradé par le processus. Ce liquide n’étant plus identifiable au défunt, il est généralement retraité (neutralisation du pH et filtration) puis rejeté dans l’environnement via des bassins de décantation ou le réseau d’évacuation des eaux usées. Les restes osseux sont séchés, pulvérisés et rendus aux proches, comme dans le cas d’une crémation. Le procédé d’aquamation propose ainsi un récit funéraire alternatif centré sur la symbolique de la déconstruction et du cycle de l’eau.
Quelles traces pour le futur ?
Qu’il s’agisse de crémation, d’aquamation ou de terramation, les restes physiques du défunt subissent une transformation rapide (de quelques heures à quelques mois) avant d’être dispersés. Les traces tangibles de l’existence du défunt, de son corps, disparaissent. Ceci constitue une évolution majeure par rapport aux pratiques d’inhumation, qui ont conservé durant des siècles les restes de nos ancêtres et les témoins de leurs pratiques funéraires.
Alors que les traces laissées de notre vivant se multiplient, notamment du fait des données numériques, ces nouvelles pratiques funéraires interrogent ainsi notre rapport à la mort, aux espaces de mémoire et aux supports du deuil.
Remerciements
- Les planches de la bande dessinée ont été réalisées par Victor Locuratolo (@Vito) ;
- Le scénario a été coécrit par Victor Locuratolo et Damien Charabidzé, l’initiateur de cette série d’articles ;
- Cette publication a été rendue possible grâce à un financement de l’Union du Pôle funéraire public (UPFP), structure réunissant les acteurs publics du funéraire afin de défendre et promouvoir leurs services, tout en garantissant un accompagnement digne, éthique et accessible à tous les citoyens. Elle a également bénéficié d’un financement de la Direction culture de l’Université de Lille, dans le cadre de son soutien aux projets de recherche et de diffusion associant arts et sciences.
Sacha Kacki a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche, du CNRS et de l'Université de Bordeaux. Aucun de ces acteurs n'a participé à la rédaction ou à la relecture de cet article et ne tire profit de cet article.
Damien Charabidzé a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche, du CNRS, de l'Union du Pôle Funéraire Public et de l'Université de Lille. Aucun de ces acteurs n'a participé à la rédaction ou à la relecture de ces articles et ne tire profit de cet article.
01.10.2026 à 15:42
Made in China AI: new tech, same old story?
Texte intégral (1893 mots)
When Beijing-based AI firm Zhipu released its open-source General Language Model (GLM) and it began competing with Anthropic’s Claude and OpenAI’s ChatGPT at a fraction of the price, a familiar question resurfaced. Are we watching a new kind of intelligence, or a very old story? Solar panels and electric vehicles are among the numerous Western inventions that China turned into cheap, plentiful goods, until their inventors could barely profit from them.
For American and European tech firms, like Microsoft or NVIDIA, the precedent is uncomfortable. Their stock market valuations rest on an assumption of scarcity: capable models being rare, costly and controlled by whoever trained them gives them an edge; a competitive advantage they can capitalise on financially.
Europe, which invented much of the solar industry and then watched its manufacturers disappear, knows what happens when that assumption fails. If a credible AI model can be downloaded for free, the premium on owning one evaporates.
The economics of deliberate loss: a case of déjà vu?
China’s strategy is not unfamiliar; we have watched it unfold twice. In both cases the science was Western, but the pricing was conquered by a method no private investor would choose: state-owned banks financed the factories regional party committees wanted, and those factories competed by selling below cost. In finance this is a negative net present value strategy, pouring in more money than you can expect to earn back.
Why would anyone do this? Because the decision-makers are not necessarily trying to make a profit. Andrei Shleifer and Robert Vishny showed that when politicians rather than shareholders steer a company, it serves political ends (employment, prestige, strategic dominance) rather than financial ones.
A private laboratory must earn a return or perish; a state champion need only serve its brief. When the two meet, the player who’s indifferent to losses sets the price. The result is abundance: plentiful supply in the form of alternative comparable models, low prices in the form of more flexible usage policies, and no lasting edge for the innovator, whose profit margins are suppressed. Considering that the two largest AI companies (Anthropic and OpenAI) are preparing for an IPO based on (currently negative) operating profits increasing significantly in the foreseeable future, this is a significant challenge.
Cheapness is also a factor in whether technology is adopted. American laboratories may keep their lead on the elite benchmarks (the standardised tests, such as the GLUE or the MMLU by which AI models are ranked) but those scores do not decide which system ends up embedded in the world’s software. Cost does. A model that is merely good enough and very cheap becomes the default others build upon, and defaults are hard to dislodge once products have formed around them.
But is the same story unfolding for AI?
The analogy deserves scrutiny. Innovation in solar panels and electric vehicles evolves in a discreet manner. New products equipped with better cell chemistry or a denser battery, compete based on other qualities, such as cost effectiveness.
In particular, the evolution of these technological inventions follows electronic engineer Gordon Moore’s 1965 observation (or Moore’s law) that the number of transistors on a chip roughly doubles every two years, so computing power climbs as unit costs fall.
Other technologies, like solar panels or EVs, follow similar curves, albeit at different rates, and see increasing innovation leading to throat-cutting competition and vanishing margins. Anything riding that kind of curve becomes a commodity: so plentiful and interchangeable that nobody can charge much for it.
Does AI ride the same curve?
The models behind artificial intelligence are loosely inspired by the brain: layers of “nodes” whose connections are adjusted until the network produces useful output. But one difference is decisive. An AI model learns once, during training, and thereafter applies what it has learned. Your brain rewires itself with every conversation; today’s AI does not. It might come close with algorithmic trading or with retrieval-augmented-generation, where a trained model adjusts its behaviour according to incoming data, but still, to make it cleverer, you must train it again with more data, more chips, more electricity. Ultimately, more resources.
A trained AI model is therefore a closed system: its abilities are determined the moment training ends. It may surprise us in how it recombines what it knows, but it is unable to pass its current level of performance without being rebuilt or retrained with more data. In a world where AI exhibits notable strategic advantages, like in defence, security, power distribution, etc., the race is on, and the demand for resources follows.
But is a techonology that tries to resemble the cognitive functions of a brain (AI), subject to Moore’s law, like a technology that exhibits no cognitive capabilities (batteries, for example)? Kurt Gödel’s incompleteness theorem offers a useful analogy here. Any closed system is a set of rules and, as such, it cannot prove itself from within. An AI model, in the current state of technology, is restricted in the same way, as it cannot widen its cognitive capabilities using its existing resources. To do so, it needs new resources (training, energy, computation) and, therefore, it is subject to a decay curve, similar to Moore’s law or the ones in solar panels and EVs, destined to meet the same fate.
But can AI deviate from that curve? Should AI models ever become evolutionary in nature (by learning as they process new information in a similar manner to the human brain), then the story changes: such a system compounds its advantage instead of competing for resources. This continuous evolution is the frontier that matters because the competitive advantage of the AI models would be based on which one learns better or faster and not on which one is cheaper.
Why it matters
Financially speaking, if the evolution of AI models remains discrete, its competitive edge will inevitably erode. A (state) champion willing to sell at a loss can push the price of “good-enough” intelligence toward its production cost and margins will fall as they did for solar cells. The implication is uncomfortable and liberating at once: durable returns will come not from owning another interchangeable model but from what is built on top – products, workflows and distribution that rivals cannot copy. As intelligence becomes cheaper, value migrates to whatever stays scarce. China leads the way here; automated drone deliveries (Meituan), driverless taxis (Baidu) or delivery robots (Alibaba) show that value emanates from efficient AI usage and not necessarily from how “smart” a model is.
This logic reframes the race. The industry’s instinct is to build ever-larger AI models burning ever more energy for marginal gains on a benchmark; yet sheer capacity is what abundance renders cheap. The more interesting prize lies with models that learn as they work, because no rival can download a moving target.
So, can AI become a commodity?
On today’s architecture, very probably – and the GLM moment is the warning shot.
The only way to stay ahead of abundance is to change the machine itself: to build intelligence that grows rather than a smarter, static model. Until then, the smart money might follow the example of solar panels: instead of financing the construction of better panels, money goes to how their use can benefit the real economy (energy independence, emissions reduction). Equivalently, instead of pushing for smarter models that might become abundant, profits will arise from smart applications using them, such as traffic control, medical screening, energy grid management, or anything that can create social benefits.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Iordanis Kalaitzoglou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
01.10.2026 à 15:39
Le régime iranien va-t-il perdre son influence sur l’Irak ?
Texte intégral (2072 mots)
L’ESSENTIEL
L’escalade iranienne au Moyen-Orient fragilise les milices chiites irakiennes proches de Téhéran.
Des figures chiites de premier plan dénoncent l’implication de l’Irak dans la guerre et l’influence iranienne.
L’escalade actuelle risque d’affaiblir l’influence iranienne auprès d’une partie de la population chiite et de favoriser le renforcement de l’État irakien.
Près de six mois après le déclenchement de la guerre en Iran, le résultat de l’opération lancée par la coalition américano-israélienne a de quoi surprendre. Non seulement le régime iranien tient, mais il parvient à déployer sa capacité de nuisance tant à l’échelle régionale que mondiale. Après la fermeture du détroit d’Ormuz, la République islamique est parvenue, par l’intermédiaire de ses proxys houthistes à bloquer le détroit de Bab-al-Mandeb et semble en capacité de paralyser les exportations saoudiennes de pétrole, comme le montre l’attaque menée par des milices irakiennes pro-iraniennes, le 11 septembre, sur le principal oléoduc est-ouest du pays.
Dans le domaine diplomatique, Téhéran semble également enchaîner les succès et sortir de son isolement, ainsi que l’indique la rencontre des ministres des affaires étrangères iranien et chinois, le 16 septembre à Pékin, au terme de laquelle la Chine a réaffirmé son « soutien à l’Iran » dans la défense de ses « intérêts légitimes ». Ces événements récents incitent certains observateurs à conclure au renforcement du régime, voire à la victoire de l’Iran dans la guerre en cours.
Pourtant, en rompant le cessez-le-feu au début du mois de juillet 2026 puis en frappant certaines infrastructures énergétiques saoudiennes, l’Iran s’est lancé dans une phase offensive qui implique un coût politique élevé pour la République islamique. Ainsi, les frappes sur l’Arabie saoudite, parce qu’elles ont été menées depuis le territoire irakien, ont suscité de vifs débats politiques en Irak et ont poussé les leaders chiites à envisager le désarmement des milices pro-iraniennes.
Même si ces tensions internes au monde chiite ne retiennent pas beaucoup l’attention des médias occidentaux, elles révèlent des mutations durables et profondes qui vont toutes dans la direction d’un affaiblissement de l’Iran au sein de l’arc chiite.
L’escalade iranienne et la fragilisation des milices de l’« axe de la résistance »
Il ne faudrait pas conclure de l’offensive houthiste sur Bab-al-Mandeb que l’« axe de la résistance » se renforce partout à la faveur de la guerre. À l’inverse des houthistes qui s’alignent, semble-t-il, sur les décisions de Téhéran, plusieurs acteurs situés dans d’autres pays de l’« arc chiite » prennent leurs distances avec Téhéran et sa stratégie d’extension du domaine de la guerre.
En Irak, l’escalade iranienne pousse le gouvernement d’Ali Al-Zaïdi, pourtant dominé par les partis chiites, à désarmer la coalition de milices chiites pro-iraniennes du Hachd al-Chaabi (créée en Irak avec le soutien de l’Iran pour combattre Daech) ou à les intégrer à l’appareil d’État.
L’ultimatum lancé par le gouvernement aux milices pro-iraniennes en juin 2026, qui les oblige à intégrer l’appareil d’État ou à se désarmer d’ici le 30 septembre 2026, poursuit un objectif clair : empêcher Téhéran d’actionner ces milices pour frapper l’Arabie saoudite et le Koweït, ce qui entraînerait l’Irak dans un processus d’escalade avec les monarchies du Golfe.
Or, même si le gouvernement a finalement choisi de repousser la fin de l’ultimatum à l’été 2027, cette confrontation entre l’État et les milices pilotées par Téhéran semble, dans un premier temps, tourner plutôt à l’avantage de Bagdad puisque plusieurs milices ont, dès l’été 2026, choisi d’obéir au gouvernement plutôt qu’aux injonctions du parrain iranien. La milice saadriste Saraya-al Salam, chiite mais nationaliste et hostile aux ingérences iraniennes, a rapidement montré la voie en proposant, en amont de l’ultimatum, dès le mois de mai, l’absorption de toutes ses forces par l’État.
Preuve du recul de la mainmise de Téhéran sur ses milices, l’Asaïb Ahl al-Haq (AAH), milice pourtant très proche de l’Iran, annonce en juin, par l’intermédiaire de son leader Qais-al-Kazahli, son retrait du Hachd al-Chaabi et sa volonté de se soumettre à Bagdad. Même si les autres milices du Hachd al-Chaabi, comme le Kataeb Hezbollah notamment, n’ont pas encore répondu favorablement à l’ultimatum de l’État irakien, plusieurs facteurs permettent d’espérer leur alignement sur la ligne des saadristes ou du AAH.
Les milices chiites soucieuses de s’intégrer à l’État et de limiter ainsi les ingérences de Téhéran disposent d’une légitimité religieuse supérieure puisqu’elles peuvent compter sur le soutien d’Ali al-Sistani, principal marja (juriste possédant la plus haute autorité dans le chiisme duodécimain) des chiites irakiens qui a exprimé publiquement son soutien à l’État dans son effort de désarmement ou d’absorption des milices pro-iraniennes.
Rappelons d’ailleurs que le Hachd al-Chaabi avait été fondé en 2014 dans le contexte de la guerre contre Daech par une fatwa du même Al-Sistani, qui conçoit ces milices comme des outils défensifs tournés contre l’expansion de l’État islamique et non comme un outil de domination iranienne sur l’Irak – et encore moins comme une force de déstabilisation des voisins du Golfe.
De plus, l’évolution actuelle du régime iranien, dont la composante cléricale et religieuse se trouve de plus en plus éclipsée par le pouvoir militaire des Gardiens de la révolution, prive les milices pro-iraniennes d’une légitimité religieuse capable de concurrencer celle d’Al-Sistani.
Une escalade condamnée par l’opinion chiite
Dans ce contexte, le soutien indéfectible des milices du Hachd al-Chaabi à l’Iran et à sa politique d’escalade pourrait les couper complètement de leur assise populaire.
Plusieurs indices semblent confirmer que la population chiite irakienne est hostile à la l’escalade opérée par Téhéran. La condamnation très ferme des bombardements par plusieurs figures politiques chiites très populaires, comme Moqtada Sadr, semble confirmer cette hypothèse. Toujours soucieux de conserver le soutien de la rue chiite, Moqtada Sadr fustige les milices iraniennes et leur volonté d’appliquer la politique d’escalade de Téhéran. Dans un tweet du 30 juillet 2026, au lendemain de frappes américano-saoudiennes déclenchées en réaction aux attaques précédentes du Hachd al-Chaabi et qui ont fait une vingtaine de morts en Irak, le leader chiite irakien déclarait :
« Les agissements effrontés des milices et le fait que les armes ne soient pas exclusivement entre les mains de l’État ont causé et continuent de causer, sans aucune justification, le martyre des combattants des Forces populaires et des forces de sécurité. Pendant ce temps, leurs dirigeants jouissent de la sécurité, du confort et du commerce. C’est bien assez de ces comportements individuels et irrationnels. »
Ce tweet permet de comprendre la stratégie politique du leader chiite qui profite de la guerre pour revenir au cœur du débat politique. L’escalade iranienne lui permet de développer un discours hostile aux leaders « vendus » à l’Iran, qui imposent à leurs combattants une stratégie contraire à leurs propres intérêts et à ceux de l’Irak. Le tweet suggère ainsi un lien entre l’application par les Hachd al-Chaabi des ordres de Téhéran d’une part et la corruption de ses chefs d’autre part, et se fait l’écho d’un nationalisme irakien exacerbé par la politique de Téhéran consistant à impliquer l’Irak dans des affrontements qui n’apportent rien de bénéfique à celui-ci.
Les frappes menées par Téhéran depuis l’Irak sur l’Arabie saoudite fournissent l’occasion idéale pour les leaders nationalistes comme Moqtada Sadr de dénoncer l’emprise de l’Iran sur les milices irakiennes, comme le rappelle cet autre tweet du 29 juillet :
« Je condamne les agissements des milices effrontées qui entraînent l’Irak dans une guerre stérile, j’appelle le gouvernement irakien à rétablir la sécurité, à faire respecter la souveraineté et à œuvrer sans relâche pour la sécurité du peuple irakien et de ses lieux saints, sans se laisser entraîner par les superstitions sectaires répugnantes. »
Moqtada Sadr se fait le relais d’un discours que la guerre rend plus palpable et évident aux yeux des Irakiens chiites : l’action des milices iraniennes, en plus d’inclure l’Irak dans la guerre, participe au processus de confessionnalisation du pays qui le divise et fragilise sa souveraineté au profit de Téhéran.
Affaiblissement des milices, renforcement des États ?
Ainsi, les succès des proxys iraniens en Arabie saoudite se font aux dépens du soft power iranien au sein de l’arc chiite en Irak. Il convient dès lors de nuancer l’image d’une République islamique qui sortirait renforcée de la guerre. De tous les pays qui le composent, l’Irak semble être le principal maillon faible de l’« axe de la résistance » puisque les milices chiites irakiennes se trouvent face à un dilemme : soit exécuter les ordres de Téhéran et s’aliéner ainsi le soutien populaire d’une partie de la rue irakienne (y compris chiite), soit s’intégrer à l’appareil d’État irakien, mais perdre le soutien du parrain iranien.
La vivacité du nationalisme irakien, réveillé par les ingérences iraniennes, la légitimité des élites religieuses chiites irakiennes et surtout leur autonomie vis-à-vis de Téhéran semblent indiquer que ces milices refuseront les injonctions à l’escalade venues de Téhéran. Une pareille dynamique, si elle s’appliquait à d’autres milices pro-iraniennes, comme le Hezbollah au Liban, pourrait stabiliser significativement le Moyen-Orient en renforçant des États comme le Liban ou l’Irak, dont la République islamique voulait détruire la souveraineté.
Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.